Critique de Survival of the Dead

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Survival of the Dead

De George A. Romero

Avec Kathleen Munroe, Alan Van Sprang, Kenneth Welsh et Athena Karkanis

Etats-Unis – 2009 – 1h25

Rating: ★★★★☆

Le monde est toujours en proie à l’épidémie qui ramène à la vie les morts, les changeant en zombie. Une petite troupe de militaires mercenaires, ayant découvert la vidéo que Captain Courageous, vieux loup de mer, a postée sur Internet pour inviter les survivants à rejoindre Plum, une ile miraculeusement préservée, débarque sur cet eldorado.  Mais une fois sur place, le groupe se retrouve pris entre les feux de deux familles en guerre, les Muldoon et les O’Flynn, les premiers prônant  la captivité des proches contaminés en attendant un remède, les seconds pour un nettoyage total de la menace.

 

 

George A. Romero. Un nom qui n’est plus à présenter tant sa filmographie et plus particulièrement sa saga des zombies sont autant de preuves que le réalisateur mérite bien son statut de maitre de l’Horreur. Alors que paradoxalement, Land of the Dead, grosse machine à FX qu’il a réalisé avec le porte-monnaie d’Universal Pictures, a connu un très bon accueil public et critique  (sauf pour les puristes comme nous qui se sont sentis quelque peu agressés par tant de moyens déployés et blousés niveau qualité de scenario qui après la première trilogie, n’apporte pas grand-chose de neuf ou d’irrévérencieux), son suivant, Diary of the Dead, permit à Big George de renouer avec les petits budgets, dans lesquels sa créativité et son génie ont toujours eu libre cours. Mais voilà, dans ce monde imparfait, beaucoup sont passés à côté de l’ingéniosité d’un scenario et d’une mise en scène inventifs, le point de vue des survivants étant poussé à son paroxysme par la caméra de tournage de ce groupe d’étudiants en ciné, dont le chef de file n’a qu’une obsession, témoigner avec sa DV de la fin du monde qui est en train de se produire. Fustigeant aussi bien les medias de masse que la liberté de ton qu’offre Internet, Diary of the Dead recèle d’idées très novatrices sur la mise en place de la tension (un hôpital désert d’où l’on ne suit que le point de vue du cameraman qui attend immobile le retour de ses copains que l’on entend hurler hors champ, des caméra de vidéosurveillance, seuls témoins de la zombification d’un protagoniste), des scènes humoristiques optimisant le suspense (le dialogue avec un amish sourd et muet par le biais d’une ardoise, le scenario du film d’étude de la troupe se répétant dans la réalité) et même des détournements des classiques du genre (une giclée d’acide sur la tête d’un zombie plutôt qu’une balle dans la tête, la découverte des corps zombifiés de la famille d’un des héros, des zombies retenus prisonniers dans une piscine).

 

Malgré cette inventivité, le film n’a pas eu le succès escompté (il a rapporté 952 620$ pour un budget d’environ 2 000 000 $), et la malédiction se poursuivit avec son successeur, Survival of the Dead (101 055 $ de recettes pour un budget de 4 000 000$), ce qui est probablement à l’origine de la sortie directe en DVD en France de ce dernier. Une grande déception pour tout fan du genre, qui attend toujours comme il se doit les dernières bobines de Romero. Alors qu’il a pu découvrir avec horreur l’épouvantable remake deThe Craziesdans sa salle préférée il y a quelques mois, ledit fan va devoir se contenter de la version salon pour Survival of the Dead. Une douloureuse déception, d’autant plus que, sans pour autant égaler les trois premiers volets de la sage devenus des fondements, le film n’en reste pas moins un excellent morceau du genre. Certains lui reprochent son aspect « comédie horrifique » (parce que dès qu’on glisse un brin d’humour dans un film d’horreur, c’est forcément de la comédie horrifique…bref…), déplorant que les zombies ne soient plus qu’un prétexte et non plus le thème central du film. Nous, nous y voyons là encore le génie de Romero qui s’offre une immersion dans un genre bien différent, qu’il n’avait encore jamais osé exploiter. Le réalisateur paraissant avoir tout dit du motif du zombie, qu’il a tant perfectionné et détaillé au cours de sa carrière que plus rien de neuf ne  semble pouvoir faire évoluer le monstre, il détourne le sujet central (l’épidémie et les morts vivants) pour le placer en toile de fond dans un western moderne, où deux familles ennemies cohabitent sur une île (expansion de la ville du far west), se livrant une guerre aussi physique que morale : d’un côté, ceux qui veulent garder les membres de la famille zombifiés et trouver une solution alternative pour les intégrer à la société (la famille Muldoon), de l’autre, ceux qui sont pour enrayer la propagation en mettant une balle dans la tête de n’importe quel mort vivant, qui qu’il est pu être ante mortem (les O’Flynn). Faisant vaciller la sympathie du spectateur d’un clan à l’autre, défendant les positions de chacun, Romero trouble la limite entre bien et mal (les uns les réduisant à du bétail, les autres prônant une justice expéditive et préventive), sans pour autant porter de jugement tranché en faveur d’un clan.

 

Tout cela est mis en place dans un seul but, toujours le même chez Romero : servir un discours universel et politique, car oui, Survival of the Dead est très subtilement politique. L’ile est une synecdoque de l’Amérique, scindée en deux camps opposés idéologiquement  qui s’affrontent (un peu comme le Nord et le Sud pendant la guerre de Sécession) et les zombies, une métaphore de la Guerre. Cela renvoie bien sûr à l’opinion publique et la Guerre en Irak, entre ceux farouchement opposés et les autres, avides de revanche. Tous les préceptes de la société américaine se retrouvent mis en scène : la famille que chaque chef de clans entend protéger à sa façon, la religion, qui pousse les Mildoon à conserver leurs morts, la xénophobie (les habitants assassinant tous étrangers qui accostent sur l’île), notre place bien définie dans la société, les zombies reproduisant les gestes les plus significatifs de leur vie d’avant (le facteur poste éternellement des lettres dans une boite aux lettres, la femme au foyer reste confinée dans la cuisine, les enfants dans leur lit), gestes qui les ancrent dans une fonction auquelle ils n’échappent pas même morts, vision très sombre de la réalité du rêve américain. Notre condition définit notre vie dans un schéma inexorable duquel on ne peut sortir.

 

Toujours animé par ce pessimisme mordant, Romero poursuit donc sa seconde saga (les personnages principaux étant déjà présents dans Diary of the Dead), en se détachant du carcan qu’il avait imposé dans sa précédente trilogie des zombies, tout en gardant ce regard acerbe sur la société qui l’entoure. Bien qu’il ne rivalise pas avec le statut de films cultes des premiers opus, Survival of the Dead reste dans la continuité de la réflexion du réalisateur sur les mécanismes de la civilisation et de son humanité.

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.