Critique de Summer Wars

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Summer Wars

de Mamoru Hosoda

Japon – 2009- 1h54

Rating: ★★★★☆

Kenji, timide lycéen surdoué en mathématiques, accompagne Natsuki, la plus belle fille du lycée, à une réunion familiale pour célébrer l’anniversaire de sa grand mère dans la maison de cette dernière, située à la campagne. Une fois sur place, il doit se faire passer pour le fiancé de la jeune fille. Mais après avoir déchiffrer une formule mathématique reçu par SMS, il se rend compte qu’un pirate s’est introduit dans Oz, plateforme communautaire d’Internet où des millions de personnes se connectent sous la forme d’avatars. Désigné comme coupable par les médias, il va tout faire pour combattre le virus qui semble vouloir causer bien plus de dégâts que le simple piratage de comptes. Et dans cette entreprise, chaque membre de la famille va lui prêter main forte.

Après avoir débuté chez Toei Animation où il a travaillé sur des séries et réalisé pour le cinéma Digimon- Le Film et One Piece 6, Mamoru Hosoda livrait en 2007 l’excellent La Traversée du Temps, sa première œuvre originale pour le compte des studios Madhouse (à qui l’on doit notamment les classiques Perfect Blue et Paprika du regretté Satoshi Kon qui nous a quitté cet été ou encore Metropolis de Rintarô). Cette association fructueuse ne pouvant en rester là, il leur fallait réitérer l’expérience et Summer Wars sembla être le projet à la hauteur de cette ambition.

La technologie prenant une part de plus importante dans notre société actuelle et Internet ayant affranchi toute frontière, le cinéma s’intéresse de plus en plus à l’idée de communauté virtuelle reposant sur des alter ego, les avatars. Alors que le sujet est habituellement traité dans un futur plus ou moins éloigné et dans une opposition évidente entre réalité et virtualité, Summer Wars place son cadre dans notre monde actuel, où l’espace créé par Internet fait parti intégrante de la vie de chacun.

Visuellement très proche du travail de Takeshi Murakami, Oz se trouve à mi chemin entre Facebook et Second Life avec le petit plus d’être partagé par l’ensemble de la société, du banal utilisateur comme vous et moi aux dirigeants de ce monde.

Mais Summer Wars ne se limite pas à la description de cette réalité alternative, puisque la majorité de l’histoire se passe au sein de cette famille aux origines historiquement riches (ils descendent d’une lignée d’un clan de valeureux guerriers du Moyen Age), ce qui permet à Hosoda, un peu dans la continuité d’Ozu, de dépeindre les singularités de la société japonaise, toujours à la pointe de la technologie tout en restant fortement attachée à ses traditions (ce qu’illustre ingénieusement l’utilisation du jeu de cartes traditionnel, l’Hanafuda).

Cependant, le message du film ne s’arrête pas à l’exploration de cet équilibre. Il pose de sérieuses questions quand à la place peut-être trop importante de la technologie dans le fonctionnement de notre vie et dans notre environnement. A tout informatiser, nous nous en remettons presque entièrement au contrôle des machines : les feux de circulations, les satellites, les réseaux d’alimentation en eau, en électricité, en téléphonie. Tout ce qui nous entoure est géré par ordinateur. Un peu à la manière du robot se retournant contre l’homme, motif cher à la Science Fiction, l’Intelligence Artificielle mise en scène dans le film, sorte de logiciel de hacking nommé Love Machine, va non seulement s’introduire dans Oz et en pirater les comptes mais va également commencer à détraquer à peu près tous les services gérés informatiquement. Autant dire tout, ce qui pourrait conduire à la fin du monde. La grande peur du Black Out mondial, voilà l’une des phobies de notre société moderne. Et devant cette menace, Hosoda met en avant les principes ancestraux des guerriers, qui dans cette adversité, n’hésitent pas à déclarer la guerre à ce satané virus, ce qui donne lieu à de superbes scènes de combats virtuels, virtualité qui n’amène pas la distanciation que l’on pourrait attendre, mais qui paradoxalement sont renforcées d’un point de vue dramatique par les enjeux bien concrets de ces affrontements.

Croisade guerrière contre les limites et les risques de l’informatisation à outrance, peinture réaliste d’une société cherchant toujours à préserver ses traditions tout en restant moderne, Summer Wars traite de son sujet plutôt grave avec humour insufflant des touches de légèreté, tout en gardant intact le sens dramatique de certaines situations, émouvant autant qu’il émerveille.

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.