Critique de Rosemary’s Baby

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Rating: 4.6/5 (5 votes cast)

 

Rosemary’s Baby

de Roman Polanski

Avec Mia Farrow, John Cassavetes, Ruth Gordon et Sydney Blackmer

Etats-Unis – 1968 – 2h15

Rating: ★★★★★

Rosemary Woodhouse et son époux Guy emménagent dans l’immeuble Bramford à la réputation inquiétante. Ils y font rapidement la connaissance de leurs mystérieux voisins, Minnie et Roman Castevet, couple de retraités envahissants. Selon leur souhait, Rosemary et Guy décident de concevoir leur premier enfant. Un soir, alors qu’elle perd connaissance, Rosemary fait un cauchemar dans lequel elle est violée par une créature étrange. Le lendemain, Guy lui avoue avoir profité de son état comateux pour lui faire l’amour. Quelques semaines plus tard, le couple apprend qu’elle est enceinte. Mais entre une grossesse douloureuse qui s’annonce difficile et l’omniprésence oppressante du curieux voisinage, la jeune femme finit par craindre pour la vie de son bébé.

Première expérience hollywoodienne pour Polanski, Rosemary’s Baby, adapté du roman éponyme d’Ira Levin, marqua considérablement son époque, remettant au goût du jour la figure de sataniste dans le cinéma d’épouvante et amorçant la thématique du voisinage malintentionné et de l’angoissante promiscuité de l’immeuble que le réalisateur exploitera huit ans plus tard dans Le Locataire.

Le film s’ouvre sur la comptine que chantonne Mia Farrow, puis sur la visite par l’héroïne et son mari de l’appartement encore meublé d’une vieille dame récemment décédée, où la caméra suit les déambulation du couple dans chaque pièce et où tout le cadre est empli des objets de l’ancienne propriétaire, absente et invisible mais bien présente. Bien habilement menée, la scène permet au spectateur de se familiariser avec l’espace qui deviendra le lieu central du film. En jouant sur les mythes urbains qui entourent le bâtiment dès la seconde scène, (Hutch, ami proche de Rosemary, expose les personnages morbides ayant vécus dans ces murs,des sœurs meurtrières et cannibales  au notable fou et soupçonné de sorcellerie) le réalisateur pose d’emblée l’atmosphère dans laquelle vont évoluer ses personnages, comme on présenterait une maison hantée ou un lieu maudit.

Montrant en parallèle la gaieté simple de Rosemary s’occupant de l’installation de son nid douillet et la mauvaise humeur de Guy ne parvenant pas à obtenir un rôle décent, Polanski instaure les dissensions internes du couple paraissant de prime abord très lié, renforçant ainsi le malaise déjà pressenti dans la scène d’amour de la première nuit dans l’appartement désert, où la jeune femme propose sans grande conviction qu’ils fassent l’amour et où chacun se déshabille de son côté dans le noir, sans passion ardente ni bestialité. Cette scène trouve alors son écho dans celle du cauchemar où Rosemary mêle images rêvées d’une croisière avec les amis de son âge et réalité du sabbat dont elle est l’attraction. Laissant progressivement s’installer l’intrusion dans leur vie des Castevet, Polanski n’éveille la méfiance du spectateur à leur encontre qu’en jouant sur l’aspect énervant de la voisine, son aspect exubérant et son goût pour les couleurs criardes, diamétralement opposée à la douceur et à la politesse de Rosemary, qui apparaît de plus en plus comme le modèle de la femme au foyer tel qu’on le concevait dans les années 50.

Mais ce modèle va au fil de sa grossesse se désagréger, l’héroïne qui auparavant ne contredisait jamais ni son époux ni ses ainés, va se libérer de ces carcans (notamment en se coupant les cheveux très courts) pour accéder à une indépendance s’apparentant dans son cas à la survie. La scène de la party où la jeune femme invite ses amis (ses «jeunes amis» comme elle se plait à l’expliquer à Guy, réfractaire à l’idée) renforce cette idée, la fête étant celle de certains excès ( on boit comme des trous, la musique à fond et on fume des joints…une fête de jeunes, quoi!). Mais, face à son éducation stricte de catholique et les valeurs qui lui ont été transmises, Rosemary va un temps mettre un frein à sa propre libération. Ce n’est qu’à la mort de Hutch, qui lui laisse un livre et une énigme à résoudre qu’elle cherche réellement à s’affranchir de cette entourage qu’elle comprend néfaste. C’est en combattant toutes les convictions qu’on lui a imposé depuis l’enfance (respect de l’époux et des personnes plus âgées, confiance et reconnaissance envers ceux qui vous viennent en aide, aime ton prochain et autres poncifs bigots) que Rosemary peut se libérer et la seule raison qui puisse lui permettre d’engager cette remise en cause est l’enfant qu’elle porte, sa libération se confondant avec celle de son bébé. L’amour maternelle est alors la plus forte des convictions. Mais paradoxalement ,c’est ce même amour qui la poussera à renoncer d’une certaine manière à son émancipation. La maternité est une sorte de soumission, la mère concédant son statut de femme et d’épouse pour s’occuper de ses enfants.

Angoissant, troublant et animé d’une tension s’insinuant crescendo, Rosemary’s Baby demeure un des films fantastiques les plus marquants des années 60, jouant à la fois sur l’exiguïté et la promiscuité du lieu où se déroule l’action, le double jeu de celui qui semble vous vouloir du bien («Celui qui loue fait semblant de rendre, mais, en vérité, il veut qu’on lui donne» écrivait Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra) et la dualité de la place de la femme dans la société, qui, bien qu’émancipée de son époux, ne pourra jamais être totalement libérée de ses obligations de mère.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.