Critique de Infectés

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Carriers

D’Alex et David Pastor

Avec Chris Pine, Piper Perabo et Lou Taylor Pucci

Etats-Unis – 2008 – 1h24

Rating: ★★★★☆

Afin d’échapper au virus qui décime la population, deux frères Danny et Brian, la petite amie de ce dernier Bobby et une amie de Danny, Kate, fuient la ville pour rejoindre la maison de vacances de leur enfance en bord de mer pour s’y réfugier. Une seule règle pour survivre : limiter les contacts avec les autres pour éviter la contamination.

Alors que la paranoïa de la pandémie semble devenir une récurrence dans les médias et apporter une sacrée pierre à l’édifice du maintien dans la peur de la population (rappelez-vous, grippe aviaire, grippe H1N1, Chikungunya, Ebola, etc., autant d’apocalypses bactériologiques annoncées, proférées mais qui n’ont jamais eu la prolifération mondiale qu’on nous annonçait à grand coup d’arrivage de Tamiflu), les frères Pastor nous livrent avec Infectés une vision de ce monde post épidémie. Mais contrairement aux films de Georges Romero, le virus ne change pas les morts en zombies, ni  même en vampires comme dans Le Survivant, ce virus là, il tue, il éradique, au point que nos quatre jeunes héros croisent bien plus de cadavres que de vivants. Non, il n’y a pas de monstres dans Infectés, il n’y a que le virus, les hommes et la mort. C’est en ça que réside tout l’intérêt du film. Dans la survie. Au moment où l’instinct animal reprend le dessus et où la morale, la raison et l’humanité même se désagrègent.

Que serions-nous capable de faire pour survivre si tous les fondements de notre civilisation disparaissaient, si la seule loi qui primait était celle du plus fort, du plus résistant ? Pourrions nous abandonner d’autres personnes à une mort certaine si nous étions sur que leur présence mette notre vie en danger ? Pourrions-nous en menacer d’autres pour accaparer leurs vivres ? Que deviennent la morale et la charité chrétienne ? Notre Humanité n’est-elle pas justement dictée par les lois et la société ou est-elle en chacun de nous ? Pour Alex et David Pastor, il est clair que nous ne sommes que des animaux domestiqués par notre capacité à ressentir et comprendre nos sentiments et par les lois de notre société. Lorsque l’une de ces deux barrières tombe, le dilemme devient alors évident car il n’y a plus vraiment de Bien ou de Mal, mais simplement la Mort ou la Survie.

Infectés, dont le titre en V.O est Carriers (Porteurs), joue quelque peu sur cette opposition: d’un côté, les survivants, les miraculés qui sont parvenus à réchapper à l’épidémie, et qui s’organisent par petits groupes, comme des tribus primitives, individualistes et belliqueuses (comme si on régressait à l’âge de pierre),  de l’autre, les « déjà contaminés », les porteurs qui peuvent transmettre la maladie, la mort dans d’atroces souffrances, et qui vont mourir irrémédiablement. Que devient notre compassion lorsque l’on risque notre peau à secourir son prochain, lorsque l’on sait l’autre condamné ?

En captant le désert des villes et des paysages sans vie humaine, les frères Pastor nous plongent  dans ce que nous redoutons le plus : la fin de notre civilisation. Sans tomber dans le gore et le morbide, le film nous met devant cet étonnant dilemme, cette dualité en chacun de nous, notre instinct et notre conscience morale. Il n’y a pas vraiment de héros victorieux, irréprochables et chevaleresques possibles dans ce type de situation, car même la plus sincère once d’humanité se trouve confrontée à des choix que la morale condamne. Mais en réalité, dans un danger de mort aussi absolu qu’une pandémie dévastatrice, la morale ne peut exister, l’humanité revêtant une autre forme et l’inhumanité se confondant avec l’individualisme, devenu synonyme de survie.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.