Dead and Alive : Les Zombies en 10 Films

 

 

Motif très prolifique ces dernières années (une vraie contamination en somme), le zombie trouve cependant ces origines dans une croyance bien éloignée des préceptes du monstre tel que nous le connaissons aujourd’hui. Le premier film de l’histoire du cinéma à mettre en scène des zombies est White Zombie (Les Morts Vivants en français) de Victor Halperin avec Bela Lugosi et datant de 1932. Le film exploite le seul zombie connu alors, le zombie de la mythologie vaudoue, un homme qui passe pour mort à cause des sortilèges d’un sorcier qui viendra par la suite le déterrer de sa tombe pour en faire son esclave. Ce zombie là n’est ni infecté ni cannibale, il ressemble d’avantage à un pantin entre les mains maléfiques de celui que les vaudouistes appellent Bokor. Ce même motif se retrouve dans le magnifique  I Walked with a Zombi (dont le titre français a été très simplement raccourci en Vaudou) de Jacques Tourneur de 1943. Il faut dire qu’hormis I Eat Your Skin de Del Tenney (de 1964) et L’Emprise des Ténèbres de Wes Craven, les décennies suivantes n’exploiteront plus cet archétype, lui préférant celui bien plus propice aux scènes gore, créé par Romero. A noter tout de même le kitschos Night of the Ghouls / La Nuit des Revenants du nabab du nanar, Ed Wood, réalisé en 1959 qui instaure déjà l’idée de zombies dans le sens de Morts revenant à la vie, légèrement décérébrés du bulbe, mais sans encore avoir ce goût pour la chair que l’on lui connaît désormais. Voici une liste de 10 films qui ont apporté chacun à leur manière une pierre à l’édifice d’un monstre que l’on pourrait croire éculé.

 

 

 

La Nuit des Morts Vivants

(The Night Of The Living Dead)

de George A. Romero

(Etats-Unis – 1968)

C’est dès sa première réalisation que Romero créa le motif du zombie moderne, ce mort-vivant cannibale, lent, contagieux et se déplaçant en bande à la recherche de quelques bons vivants à se mettre sous la dent. Tourné en Noir et Blanc et dans un budget très limité, le film n’a pourtant pas pris une ride, la tension instaurée progressivement et renforcée par le huis clos fonctionnant toujours et le discours politique développé trouvant une résonnance dans notre société. Le racisme, la peur, la bêtise humaine sont condensés dans cette maison où viennent se réfugier les protagonistes qui vont chacun finir par être victime de leur propre entêtement, même le héros Ben, pourtant seul être sensé du groupe.  La mise en scène très sobre et la direction d’acteurs remarquable renforce l’intemporalité du film, lui évitant l’étiquette kitsch que l’on colle assez injustement à ces successeurs de la première trilogie, Zombie et Le Jour des Morts Vivants, que le réalisateur a poursuivi en hexalogie depuis 2005 avec Le Territoire des Morts, Chronique des Morts Vivants, et Survival of The Dead, à venir en DVD.

 

L’Enfer des Zombies

(Zombi 2)

de Lucio Fulci

(Italie -1979)

Ne vous y trompez pas, L’Enfer des Zombies n’est en rien la suite de Zombie de Romero, contrairement à ce que le titre original voulait faire croire à sa sortie. Carrément série Z, avec cette bande-son kitchissime qui caractérise les productions italiennes de l’époque, ses maquillages et effets gores craspouilles à la limite du ridicule par moment et son hémoglobine aussi vive qu’une bonne purée de tomates. Alors certes, cette histoire d’île antillaise peuplée de zombies frôle le nanar et construit son motif sur d’obscurs amalgames avec la mythologie vaudou (autrement dit, ça n’a rien à voir avec l’aspect anthropologique respecté chez Tourneur). Cependant, L’Enfer des Zombies recèle quelques idées assez intéressantes (la plus magistrale étant de mettre en scène un zombie sous marin dévorant un requin) et mérite tout de fois sa place ici, bien qu’il remporte la palme des personnages les plus cons de toute l’Histoire du monstre (non seulement ils mettent un temps fou pour se barricader dans une cahute en bois servant d’hôpital local à l’approche assez lente des zombies,  mais en plus c’est pour s’enfermer avec des cadavres de malades récemment contaminés..) Un chef d’œuvre non, un film culte du genre, ma foi, oui.

Evil Dead

de Sam Raimi

(Etats-Unis – 1981)

Ce premier film de Sam Raimi n’est pas stricto senso un film de zombie, la menace venant plutôt du lovecraftien Necronomicon qu’un archéologue a eu la bonne idée de traduire sur un magnétophone dans cette cabane isolée dans les bois où un groupe de jeunes va se retrouver en proie à un esprit maléfique réveillé par les incantations enregistrées sur bande. Et cet esprit va non seulement tenter d’assaillir à de multiples reprises la bicoque, mais va en plus zombifier l’une des filles de la bande qui va s’empresser de transformer une bonne partie de ces camarades. Très série B, avec un second degré tordant, Evil Dead nous confine toutefois dans une réelle tension claustrophobique, de part l’exiguïté de son décor intérieur, auquel répond l’immensité déserte de l’extérieur. Ajoutons à cela qu’on assiste à la naissance du cultissime personnage Ash Williams, qui au-delà de la toile, va devenir un héros de comics.

Le Retour des Morts Vivants

(The Return of the Living Dead)

de Dan O’Bannon

(Etats-Unis – 1985)

Habité par cet humour très 80’s, le seul film de Dan O’Bannon en tant que réalisateur (qu’il a aussi scénarisé) tient pour beaucoup de la série B et le revendique ouvertement. O’Bannon  apporte à ses zombies plusieurs signes distinctifs qui ne sont pas des moindres : d’un, ce sont des cadavres revenus à la vie sortant tous frais (ou presque) de leur tombe, à cause d’une arme chimique sous forme de gaz que des militaires un peu tête en l’air avaient laissé croupir dans un entrepôt situé aux abords d’un cimetière (ce qui est ballot, vu que le gaz en question ressuscite les morts). De deux, ces morts-vivants là s’attaquent  uniquement au cerveau de leur victime, bien éloignés des dévoreurs de chair habitués à becter n’importe quel membre ou boyau. De trois, ces créatures ne meurent pas lorsqu’on leur tire dans la tête, ce qui complique légèrement la situation des survivants. Et enfin, la grande trouvaille du film : ils sont dotés de la parole ! La preuve est faite dans la mythique scène où les héros conversent avec un zombie démembré qui leur explique le pourquoi du comment du bouffage de cervelle (« Because of the paaaain » s’exclame t-il aussi dépité qu’il est cul de jatte). Et si cela ne vous a pas convaincu, sachez que le Mister O’Bannon, qui nous a quitté le 17 décembre 2009, a coécrit, entre autres,Dark Star de John Carpenter (dans lequel il joue également), Alien de Ridley Scott et Total Recall de Paul Verhoeven (adapté de K.Dick).

Flic ou Zombie

(Dead Heat)

de Mark Goldblatt

(Etats-Unis – 1988)

Monteur sur de gros blockbusters comme de classiques de genre (Piranhas et Hurlements de Dante, Terminator 1 et 2 de  Cameron, Cabal de Clive Barker, Starship Troopers de Verhoeven ou encore Armagedon pour Bay, et la liste est encore longue !), Mark Goldblatt ne s’est installé derrière la caméra que deux fois : pour Flic ou Zombie ici présenté et Punisher (qu’on va éviter de présenter).  Poussé par le succès des tandems de flics initié par L’Arme Fatale, le film met en scène Mortis, flic galant et propret et son coéquipier Bigelow, tout en perfecto et humour graveleux, devant enquêter sur des zombies braqueurs de banques, ressuscités par une obscure compagnie grâce à une machine frankensteinienne. Mais par la force des choses, Mortis meurt et se retrouve lui aussi réanimer par l’appareil. Le grand apport du film tient donc dans cette idée : c’est le héros qui se retrouve dans la peau du zombie et on assiste peu à peu à sa décomposition qu’il cherche à cacher à grand coup de make-up. On a droit en plus à une résurrection de tout ce que la chambre froide d’un resto chinois peut contenir (porcs et canards laqués, foie et même carcasse de bœuf en mode zombie). Cheap, pas sérieux, drôle, une vraie perle de vidéo club des années 80.

 

Braindead

de Peter Jackson

(Nouvelle-Zélande – 1992)

En matière de gore, Braindead a longtemps tenu le record du plus grand nombre de litres d’hémoglobine utilisée dans un film (il n’a été détrôné que cette année par le récent Piranha d’Alexandre Aja). Peter Jackson persiste dans le genre après Bad Taste et Meet the Feebles et nous plonge dans la galère de Lionel, qui cherche à cacher à tout prix sa mère tyrannique devenue zombie après s’être fait mordre par un singe-rat au zoo du coin. Défi difficile à relever, d’autant que sa chère maman, qui commence à tomber sérieusement en morceau,  a tendance à croquer et donc contaminer tous ceux qui passent dans leur baraque, multipliant ainsi des zombies improbables tels que l’infirmière, le prêtre (qui donneront naissance au premier bébé zombie du cinéma), un loubard, tous enfermés dans la cave par notre jeune héros. S’ensuit une nouba de tous les diables organisée par l’oncle zieutant sur l’héritage qui, bien sûr, va se terminer en carnage, décuplé par la maladresse de Lionel l’ayant conduit à filer à ses captifs voraces des stimulants plutôt que du poison. Seul, le héros va devoir nettoyer toute cette viande à grand coups de tondeuse à gazon, avant de devoir faire face à sa monstrueuse castratrice de mère. Un pur plaisir de comédie gore, avec de gros ressorts d’épouvante et des scènes bien cradingues.

L’Armée des Morts

(Dawn of the Dead)

de Zack Snyder

(Etats-Unis – 2003)


Remake officiel de Zombie, bien qu’il n’en garde au final que le nom et le lieu de l’action (un centre commercial), ce premier film de Znyder est une bonne surprise. Bien sûr, les zombies sprintent, ce qui détonne avec l’original mais, passant après 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle (qui sont plus des enragés qui tabassent tout ce qui bouge que des zombies qui les mâchouillent), ça fait office de déjà vu. Pourtant, la propagation de la contamination en une nuit, ça c’est novateur et ça donne lieu à la scène d’introduction la plus rocambolesque du genre : réveillée au petit matin par la gamine des voisins venue faire de son mari son petit dèj, l’héroïne, Ana, doit s’enfuir de son quartier pavillonnaire infesté de zombies. Elle rencontre des rescapés avec lesquels elle va se terrer dans le fameux Mall désert, où ils vont organiser leur survie. Avec un motif plus rapide et violent que les précédents, Znyder alterne confrontations stressantes et immersion légère dans le quotidien des survivants, auxquels le spectateur s’attache assez rapidement. Notons également le grand retour du bébé zombie, sans l’aspect comique de Braindead et un final encore plus pessimiste que celui de l’original.

Shaun of the Dead

d’Edgar Wright

(Grande Bretagne – 2005)

En matière de film parodique intelligent, le duo Edgar Wright et Simon Pegg brille à la fois par leur ton so british décalé, leur culture geek et leur respect inconditionnel pour les genres qu’ils transgressent. Aux antipodes de l’humour lourdos des productions des frères Zucker et Jim Abrahams, Shaun of the Dead ne caricature pas le film de zombies, il le transpose ailleurs. Encore plus loosers que Lionel de Braindead ou Ash d’Evil Dead, Shaun et Ed, les deux héros, sont  tellement  pathétiques qu’ils en deviennent très attachants (la trentaine passée, l’un bosse dans un magasin entouré d’ados, tandis que l’autre deale du shit en glandant devant sa console) et symbolisent à eux seuls toute une génération, participant ainsi à l’héroïsation du Nerd. Avec des scènes aussi improbables que le lancer de vinyles sur une morte-vivante qu’ils croient bourrée ou celle où le groupe de survivants doit mimer les zombies pour traverser une rue sans se faire repérer, le film garde tout de même un vraie dimension horrifique qui n’a rien à envier aux classiques déjà établis.

Planète Terreur

(Planet Terror)

de Robert Rodriguez

(Etats-Unis – 2007)

Sans avoir la cinéphilie légendaire de son pote Tarantino, Robert Rodriguez affirme néanmoins ses connaissances en matière de série B. Planet Terror constitue au même titre que Deathproof un hommage à l’univers des films d’exploitation des 70’s mais également au grain particulier que la pellicule rendait à l’époque. Tout y est : héroïne sexy en mini, loulou au grand cœur, militaires aussi réac que psychotiques et morts revenant à la vie à la recherche de quelques chairs juteuses. Bien que le réalisateur se plait à les qualifier d’infectés plutôt que de zombies, ses monstres demeurent des morts vivants propageant leur gangrène au gré de scènes ultra-gores. Les contaminés ne se décomposent pas seulement, ils suintent le pus et se liquéfient littéralement, Rodriguez n’hésitant pas à aller à fond dans le délire, réussissant à faire l’un des films les plus trash du genre. En prenant le parti de la surenchère, Planet Terror préfère la dérision à la tension, jouant sur le plaisir coupable du dégoût, tout en gardant une légèreté qui évite l’écœurement. Comme quoi, avec du gore qui ne se prend pas au sérieux, on peut vraiment repousser toutes les limites.

[Rec]

de Paco Plaza et Jaume Balagueró

(Espagne – 2007)

Utilisant la caméra embarquée (le film est en fait la vidéo d’une équipe de journalistes suivant des pompiers en intervention dans un immeuble où ils vont tous se retrouver en quarantaine), [REC] est le premier film du genre à immerger son spectateur à ce point dans l’action, brisant les dernières barrières de distanciation possibles. En reprenant le huis clos propre à beaucoup de films de zombies, Plaza et Balagueró mettent en scène leur intrigue dans un espace bien plus grand que d’ordinaire: un immeuble entier de cinq étages, où chaque étage et appartement devient alors un labyrinthe mortel. Gardant l’idée d’épidémie expéditive et de zombies tout aussi véloces, [REC] plonge son spectateur dans une angoisse latente et sans baisse de tension, subissant les assauts des monstres avec autant de désorientation que les protagonistes. La bande annonce montrant les visages terrifiés de l’audience du film témoigne de l’effet produit (au point que les producteurs de Paranormal Activity 2 se sont sentis obligés de faire de même). L’apparition finale du zombie ultime (joué par l’acteur Javier Botet, atteint du syndrome de Marfan déformant son corps) enfonce le clou, nous laissant dans une terreur mémorable.

Lullaby Firefly

 

 

 

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.