Critique de Simon Werner A Disparu…

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Simon Werner A Disparu…

De Fabrice Gobert

Avec Ana Girardot, Jules Pelissier, Esteban Carvajal Alegria, Laurent Delbecque et Serge Riaboukine

France – 2009 – 1h33

Rating: ★★★★☆

Une petite ville des Yvelines dans les années 90. Simon Werner, un lycéen de terminale manque à l’appel. L’adolescent est introuvable. Bientôt, d’autres élèves disparaissent à leur tour. Un corps sans vie est retrouvé dans les bois lors d’une fête…

En dire plus sur l’histoire de ce film reviendrait à en dire trop. Et ce serait bien dommage de vous gâcher le plaisir de ce teen-movie français qui fait souffler un agréable vent frais sur cette rentrée cinématographique. Disons que Simon Werner A Disparu… commence comme un thriller puis passe par différents registres pour mieux nous guider au cœur de son sujet : les affres de l’adolescence. Il n’y est pas question de branlettes ou de boutons d’acné comme dans le sympathique Les Beaux Gosses mais plutôt de quête de soi, de doutes, de lâcheté et autres petites trahisons.

Pour cela, Fabrice Gobert, le réalisateur (qui nous ici offre sa première réalisation), morcelle son récit en éclatant la continuité temporelle pour la recomposer à travers différents points de vue. Au spectateur de réassembler les pièces de ce film-puzzle pour comprendre le mystère qui plane sur la disparition de ce fameux Simon Werner. Le procédé n’est certes pas nouveau. Quentin Tarantino en avait même fait sa marque de fabrique dans ses premiers films, nous passionnant pour des intrigues qui se résumaient au final en trois lignes. Dans Simon Werner A Disparu… il ne s’agit pas d’un artifice mais plutôt d’un habile procédé pour sonder l’âme de toute une série d’adolescents : le beau joueur de foot entouré de sa bande de potes, la nana que tout les mecs veulent baiser, sa copine faire-valoir, la goth de service, le solitaire persécuté, etc. « Il vaut mieux partir du cliché que d’y arriver » disait Hitchcock et c’est exactement ce qu’il se produit ici. Partant de stéréotypes, Fabrice Gobert refaçonne ses personnages et son intrigue sous différents angles, du plus général (les réputations que les adolescents se taillent entre eux) au plus intimiste (ce qu’ils sont secrètement). Il en ressort des portraits profonds qui permettent au spectateur de s’attacher à tous ces adolescents, contrairement à la distanciation d’Elephant de Gus Van Sant (référence immanquable mais largement dépassée ici).

En découpant son film en quatre segments, dédiés chacun à un lycéen spécifique, Fabrice Gobert tisse une toile complexe d’évènements, en apparence liés les uns aux autres pour se révéler au final dans leur plus simple banalité. Certaines scènes sont même revues jusqu’à trois, voire quatre fois (la séquence des bois nocturnes), avec autant de points de vue différents. Mais ce n’est pas pour autant que la tension baisse et que le mystère s’estompe. Bien au contraire, il faut attendre les dernières minutes pour apprendre ce qui est arrivé à ce pauvre Simon Werner. Le film multiplie les pistes (règlement de compte entre lycéens, tueur en série) tout en laissant ourdir une menace pédophile (des soupçons jetés sur des membres du corps enseignants jusqu’à ce plan insidieux mais génial d’un père s’approchant de sa fille allongée sur un lit).

Film sur les faux-semblants, Simon Werner A Disparu… frappe par sa justesse, de son interprétation parfaite à ses choix de mise en scène (les quatre segments ont chacun leur propre style filmique). Et en plus, c’est Sonic Youth qui fait la bande-son.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».