Rob Zombie :The Rocky Horror « Next Gen » Picture Show

 
 
 
 

Alors que le cinéma d’Horreur occidental de la fin des années 90 s’embourbait dans des Scream-like (Souviens toi…, Urban Legend), s’entichait de monstres fantastiques douteux (Leprechaun et autre Wishmaster, dont l’humour décapent n’a rien à envier à celui de Schwarzy dans le daubesque Batman et Robin) et que les années 2000 ressemblaient à une suite sans fin de sequels aussi mornes qu’ennuyeux (Blair Witch II, Cube II, Scream III, Hellraiser V, bref la liste est longue), on finissait par croire que le genre était en train de vivre ces derniers soubresauts, bien éloigné de son apogée créative et sulfureuse. C’était sans compter sur la nouvelle génération de réalisateurs prodigieux qui envahirent pour notre plus grand plaisir les écrans du monde entier : Eli Roth, Alexandre Aja, Rob Zombie (pour ne citer qu’eux), amenant un vrai renouveau du genre pour cette nouvelle décennie avec chacun son propre univers, son propre langage, sa propre définition du gore, ses propres références.

 

Il est étonnant de constater qu’au fur et à mesure de ses films, Aja se revendique des années 80 dans lesquelles il a grandi, il en va de même pour Rob Zombie, ex-leader du groupe de métal White Zombie, qui affiche clairement sa filiation avec le cinéma de genre des années 70 de sa jeunesse. Preuve en est, ses deux premiers longs La Maison des 1000 Morts et The Devil’s Rejects se passent respectivement en 1977 et en 1978 et son troisième film n’est autre que le remake du grand classique de 1978, Halloween La Nuit des Masques de Carpenter.

 

The Devil’s Rejects

Mais la comparaison ne s’arrête pas là. L’influence de Massacre à la Tronçonneuse (1974), autre film décisif de cette décennie se ressent dans ses films, de par la critique sociale qu’ils véhiculent. Comme la famille de Leatherface, le personnage  de Tobe Hooper, victime de la fermeture de l’abattoir qui les employait tous, les héros iconiques des deux premiers films de Zombie, les Firefly, rednecks aussi violents que sadiques, vivent dans une extrême pauvreté les contraignant à adopter ce mode de vie amoral et meurtrier. Zombie va même plus loin, humanisant voire mythifiant sa famille de fous furieux. Les Firefly sont drôles, fascinants, presque sympathiques, quasi héroïsés, ridiculisant les malheureux ados tombés sous leur coupe. Ce sont eux au fond les vraies victimes, celles d’une société qui les a marginalisés, condamnés par les règles qu’elle impose. Dans The Devil’s Rejects, ce sont eux qui sont traqués par un sheriff assoiffé de vengeance, le film laissant au spectateur l’appréciation de savoir qui est pire du fou congénital ou de l’homme de loi rendant sa propre justice ,qui est plus condamnable de celui que la société a créé par sa violence, la violence de la pauvreté qui marginalise, ou de celui qui se cache en elle sous couvert de la Loi.

La première partie d’Halloween intègre également l’idée que la violence de la misère sociale engendre fatalement des « monstres ».  En décrivant l’enfance de Michael Myers, entre un beau père qui le bat et une mère aimante mais stripteaseuse, ce qui lui vaut les brimades de ses camarades d’école, le réalisateur  a cherché à remonter à l’origine de la folie meurtrière du célèbre slasher, poussé à bout par une société qui préfère l’enfermer plutôt que de le soigner.

Halloween II étaye cette critique de la psychiatrie à travers le personnage de Malcolm McDowell (psy du serial killer au long couteau) imbu de sa personne et prêt à tout pour connaître la gloire, mais aussi par l’idée que la violence peut être innée, génétique et que l’enfermement et les thérapies ne peuvent en venir à bout.

Halloween

L’esthétique que développe Rob Zombie est très inspirée des années 50 (les pin-ups avec Baby Firefly notamment), du Burlesque (les Firefly ont tous un nom en référence aux Marx Brothers,) mais également du cinéma des années 70, Sam Peckinpah en tête (très présent dans The Devil’s Rejects).

Il affectionne particulièrement les effets de clip, en montage très rapide, utilisant parfois la camera 16 mm, parfois les ralentis, le hors champ pour minimiser l’aspect cru et réaliste du gore de certaines scènes. Tel un Bergman ou un Tarantino, le réalisateur possède lui aussi une troupe d’acteurs qui apparaissent dans presque tous ses films et qui pour la plupart constituaient la famille Firefly : sa femme à la ville Sheri Moon Zombie, Sid Haig, Bill Moseley (déjà vu dans Massacre à la Tronçonneuse II et aperçu dans le Blob de 1988), Tyler Mane (son Michael Myers), et même Danny Trejo (qui jusqu’à présent semblait surtout lié à Robert Rodriguez dont c’est un des acteurs fétiches).  Bien qu’on lui reproche l’ultra violence de ses films, Zombie sait habilement jouer des ressorts que lui offre le cinéma pour amoindrir la brutalité de ce qu’il présente à l’écran, contrairement à la franchise Saw et les ersatz qu’elle a engendré, qui préfèrent les gros plans explicites d’amputation et autres tortures.

Fort de son univers retro et rock, Rob Zombie s’impose comme un grand maître en devenir du cinéma de genre. On n’attend que le projet Tyrannosaurus Rex finisse enfin par voir le jour (le héros, un catcheur rangé au vestiaire, dézingue du méchant à travers le pays, aidé de sa petite famille) et que Zombie paufine sa version du Blob (oui, le machin gélatineux rouge qui vient de l’espace, son premier essai en tant que réalisateur de SF) afin de se conforter (ou pas ? mais on pense que si quand même) dans l’excellente première impression qu’inspire le réalisateur tatoué.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.