Perception de la Réalité et Espace Interne en 10 Films

 

 

La Seconde Guerre Mondiale amène de profonds bouleversements dans la littérature SF. Finies les odes aux progrès techniques et aux surhommes de l’espace. Le ton devient pessimiste et un nouvel univers aussi inquiétant que les galaxies lointaines s’ouvrent aux auteurs : le cerveau humain et sa perception de la réalité. Car, au final, on ne perçoit de l’Univers que ce que nos sens veulent bien nous en révéler.

Certes, l’idée n’est pas nouvelle. On se rappelle de Platon et de sa caverne ou de la phénoménologie en philosophie. Mais l’essor de la physique quantique, affirmant que la présence de l’observateur influe sur le résultat de l’expérience,  va stimuler l’imagination des auteurs de SF. Déformation du temps et de l’espace, réalités tronquées, souvenirs truquées, univers virtuels ou hallucinations bien réelles… Que ce soit sous l’effet de drogues, de machines ou de volontés supérieures, tout devient désormais possible sous la plume d’auteurs comme Alfred Bester, Philip K. Dick, Daniel Galouye, Harlan Ellison ou Christopher Priest.

Il faudra attendre une génération avant que le cinéma SF s’empare véritablement du thème. Et si le résultat reste encore timide, le succès du récent Inception de Christopher Nolan prouve que le genre a encore de beaux jours devant lui.

Voici une liste (non exhaustive) de 10 films emblématiques et de qualité diverses afin d’avoir une vue d’ensemble du thème. La tonalité de l’article étant essentiellement accès sur la science-fiction, nous n’avons pas retenu des titres (au hasard) comme Johnny Got His Gun, Lost Highway, Identity, Le Village ou Shutter Island (liste encore une fois très loin d’être exhaustive) qui prouve néanmoins que le thème peut déborder du simple cadre SF.


VIDEODROME

de David Cronenberg

(Canada – 1983)

Un programme de télévision développe une tumeur dans le cerveau de ceux qui la regardent, provoquant des hallucinations qui les éloignent de la réalité et les plongent au cœur d’une vaste machination de contrôle des esprits. David Cronenberg n’a eu de cesse de prendre le matériau SF pour accoucher de films personnels et traumatisants. Il reviendra sur le thème de la perception de la réalité avec Le Festin nu (1991), eXistenZ (1999) et Spider (2002).

INVASION LOS ANGELES

de John Carpenter

(Etats-Unis – 1988)

A l’aide de lunettes spéciales, un ouvrier de chantier découvre que des extraterrestres sont parmi nous et gouvernent le monde à notre insu. Travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie ! En adaptant une nouvelle de Ray Nelson (inventeur de la casquette à hélice et ami proche de Philip K. Dick), John Carpenter nous offre une critique du capitalisme jubilatoire dans cette série B gonflée à bloc de testostérones.

TOTAL RECALL

de Paul Verhoeven

(Etats-Unis – 1990)

Un homme comprend qu’on a implanté de faux souvenirs dans sa tête afin de retenir le super agent qu’il était. Direction Mars : ça va chier! Philip K. Dick a dû se retourner dans sa tombe en voyant le traitement infligé à sa nouvelle avec ce film ultra-bourrin de Paul Verhoeven (oui, c’est un pléonasme) retaillé pour mieux épouser la musculature d’Arnold Schwarzenegger. Le début colle à peu près, la suite étant du grand n’importe quoi. Culte.

L’ECHELLE DE JACOB

d’Adrian Lyne

(Etats-Unis – 1990)

De retour au pays, un vétéran du Vietnam souffre d’hallucinations terrifiantes et voit la réalité s’altérer autour de lui. Si Adrian Lyne ne brille pas forcément dans nos yeux avec sa filmographie axée en dessous de la ceinture (Flashdance, 9 semaines ½, Liaison fatale, Proposition indécente…), cette accusation de l’utilisation secrète par l’armée de drogues expérimentales sur les soldats reste son meilleur film, injustement boudé par le public.

OUVRE LES YEUX

d’Alejandro Amenábar

(Espagne – 1997)

 

Interné dans une unité psychiatrique carcérale, un meurtrier tente de se remémorer ce qu’il l’a amené à commettre l’irréparable. Mais les souvenirs se déforment peu à peu pour amener vers une toute autre réalité. Par un futur grand nom du cinéma fantastique qui appliquera le même traitement au film de fantômes avec Les Autres. Hollywood fera un remake d’Ouvre les yeux en 2001 avec Tom Cruise sous le titre Vanilla Sky.

DARK CITY

d’Alex Proyas

(Etats-Unis – 1998)

Dans une étrange ville, plongée dans une nuit éternelle, où les habitants sombrent régulièrement et collectivement dans un mystérieux sommeil pour se réveiller avec une nouvelle configuration des lieux, un homme amnésique se retrouve poursuivi pour meurtres. Ambiance gothico-futuriste et vampires d’une nouvelle espèce sont les ingrédients de ce film imparfait mais original avec un twist difficile à appréhender.

THE TRUMAN SHOW

de Peter Weir

(Etats-Unis – 1998)

Evoluant dans une ville factice, un homme finit par comprendre qu’il est filmé en permanence et ce, depuis sa naissance par les caméras cachées d’une émission de télévision. Le rôle qui permit à Jim Carrey de sortir de son personnage de clown dans ce film annonçant les dérives de la télé-réalité (à l’époque, on appelait encore ça le reality show). Sur un scénario d’Andrew Niccol, également auteur et réalisateur de Bienvenue à Gattaca.

MATRIX

de Larry et Andy Wachowski

(Etats-Unis – 1998)

Neo, un jeune informaticien, découvre que la réalité n’est qu’un leurre (la matrice) imposé par les machines qui règnent désormais sur le monde et maintiennent les hommes dans un sommeil artificiel. Considéré comme l’Elu par une poignée de résistants humains, Neo va devoir libérer l’humanité. Enorme succès pour cette saga SF bourrée d’effets spéciaux et de scènes d’action qui s’est imposée comme le Star Wars du genre. On adore ou on déteste.

PASSE VIRTUEL

de Josef Rusnak

(Allemagne – 1999)

Une machine permet de simuler des univers virtuels plus vrais que nature. Son concepteur y fait de régulières incursions pour assouvir ses fantasmes. Mais, de retour à la réalité, il se fait assassiner. L’enquête de son associé, injustement accusé du meurtre, va lui révéler une vérité vertigineuse. Libre adaptation du roman Simulacron 3 de Daniel Galouye (un classique SF), cette production de Roland Emmerich reste d’honnête facture.

ETERNAL SUNSHINE OF THE SPOTLESS MIND

de Michel Gondry

(Etats-Unis – 2004)

Afin de se remettre d’un chagrin amoureux, un homme se fait enlever de sa mémoire tout ce qui pourrait lui rappeler son amour perdu. Mais la machine se détraque tandis que notre héros change d’avis, tentant de sauver ce qu’il peut parmi ses souvenirs. Une histoire d’amour sans concession cinématographique mais terriblement poignante, imposant le clippeur superstar Michel Gondry comme le digne héritier d’Alain Resnais.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».