Critique de Grace

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Grace

De Paul Solet

Avec Jordan Ladd, Gabrielle Rose et Samantha Ferris

Canada/Etats-Unis – 2008 – 1h25

Rating: ★★★★☆

Madeline Matheson, traumatisée par les fausses couches qu’elle a déjà eues par le passé, désire cette fois-ci accoucher sans autre assistance médicale que celle de son amie Patricia, sage femme à tendance new age. Mais alors qu’elle est enceinte de 8 mois, elle est victime d’un accident de la route coûtant la vie à son époux ainsi qu’à son bébé. La jeune femme décide pourtant de mener à terme sa grossesse. Miraculeusement, l’enfant mort-né revient à la vie.

Fort de l’influence de l’ambiance instaurée dans certains de ses films par Polanski comme Répulsion, Paul Solet inscrit son premier film dans la lignée de l’Horreur intimiste. La grande réussite de Grace ne tient pas seulement de son scenario très original ou des effets gore disséminés avec intelligence et parcimonie mais de son ambiance très malsaine et parfois à la limite du glauque, et de ce rapprochement volontaire entre les personnages, en particulier celui de l’héroïne, Madeline et le spectateur. Nous n’assistons pas uniquement au basculement de Madeline dans la folie, nous l’accompagnons tout au long de sa chute, entièrement plongés dans son univers, complices de ses méfaits sans jamais en être juges. L’utilisation de lentilles amovibles pour flouter certaines parties du plan illustre avec ingéniosité cet éparpillement de la raison, ce morcellement de la bonne santé d’esprit  des figures maternelles. Le plus qu’apporte Paul Solet tient particulièrement dans ce parallélisme entre la déchéance mentale de la mère et la décomposition physique de l’enfant, tous deux suggérés, disséminés au gré du récit dans un processus lent et sobre.

L’amour inconditionnel qui lie une mère à son enfant se trouve exploré sur plusieurs niveaux dans le film : la douleur qui rend folle la mère qui a perdu son fils, les atrocités que peut commettre celle pour la survie de sa progéniture . Paul Solet met en avant tout l’aspect malsain que ce lien indéfectible peut revêtir. Qui au final est à blâmer ?  Madeline ne pouvant que accepter, malgré son dégoût évident pour le sang (elle est en effet végétalienne), les habitudes alimentaires hors normes de son enfant, prête à se laisser mourir pour qu’elle vive ? Sa belle mère, ne pouvant se résoudre au deuil, pouvant envisager le pire pour faire revivre le souvenir de son fils disparu ?  Mais mêle au-delà de la relation mère/enfant, c’est l’Amour qui est questionné ici : lorsque l’on aime quelqu’un, n’est-on pas prêt à tout ? La sage femme, Patricia, folle d’amour pour Madeline, n’imposant la souffrance à sa compagne sous raison des sentiments forts qu’elle éprouve pour la jeune mère ?

Grace, malgré la complexité de son sujet, encore très tabou dans notre société, ne porte cependant aucun jugement moral, le désespoir évident de ces personnages insinué subtilement sans pour autant sombrer dans le pathos. Il constate et comprend, que certains liens émotionnels peuvent tout justifier, à l’image de ces mères ne donnant pas seulement la vie, mais recherchant par tous les moyens le bien être de celui qu’elle a porté et fait naître au prix de n’importe quel sacrifice.

Lullaby Firefly

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.