Critique de Mammuth

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Mammuth

De Gustave Kervern et Benoît Delépine

Avec Gérard Depardieu, Yolande Moreau, Isabelle Adjani, Anna Mouglalis, Miss Ming et Benoît Poelvoorde

France – 2009 – 1h32

Rating: ★★★★☆

Après dix années à découper la viande dans un abattoir, Serge Pilardosse, (interprété par un Gérard Depardieu que l’on n’avait pas vu aussi inspiré depuis des décennies) se retrouve à la retraite. Le cadeau d’adieu de ses collègues, une boite de puzzle de 2 000 pièces, ne suffit pas à combler sa nouvelle vie d’inactif. En effet, ce solide gaillard à peine sexagénaire a passé sa vie à travailler. Désormais, il s’emmerde comme un rat mort, tournant en rond dans sa maison quand il ne vient pas rôder dans l’hypermarché où travaille sa femme, Catherine (Yolande Moreau).

Sous l’impulsion de cette dernière, c’est un autre puzzle que Serge va devoir assembler, celui de ces cotisations de retraite pour avoir une pension à taux plein. Il lui manque des trimestres car les différents employeurs qu’il a eus dans sa vie ne l’ont pas toujours déclaré. Il enfourche donc la vieille moto de sa jeunesse, une Münch Mammut, et part sur les routes de France à la recherche des justificatifs de son existence.

Quatrième long-métrage de Benoît Delépine et Gustave Kervern, ce road-movie zigzague entre comédie décalée et poésie sociale. Si Louise Michel, leur précédent film, dénonçait l’immatérialité et l’inaccessibilité du patronat pour le commun des salariés, dans Mammuth, il s’agit désormais de la mort du prolétariat qui a vu ses idéaux des Trente Glorieuses se dissiper avec les nouvelles donnes économiques du XXIième siècle, transformant l’ouvrier en mercenaire du travail.

Serge, alias Mammuth lui-même, animal préhistorique solitaire et survivant dans une ère qui n’est déjà plus la sienne, va être amené à croiser le chemin d’une galerie de personnages à moitié dingues, symptomatiques d’un monde qui fonce droit dans le mur. Son périple le mènera jusqu’à une nièce orpheline, artiste et autiste (à peine jouée par Miss Ming, la révélation du film) dont la totale déconnection à la réalité imposée par notre époque finira par lui ouvrir les yeux sur sa propre quête du bonheur.

Expurgé des aspérités trash du duo grolandais Delépine-Kervern, Mammuth est un petit miracle humaniste qui pourrait bien installer définitivement ses auteurs dans le paysage cinématographique hexagonal.

The Vug

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About The Vug

Utilisant que très rarement sa soucoupe volante en raison de son mal des transports, The Vug passe ses journées devant la télévision en se gavant de nicotine (l’unique aliment terrien qu’il peut supporter). En attente d’une régularisation de sa situation (ses papiers d’identité n’étant pas reconnus par l’administration), il descend régulièrement au bistrot en bas de chez lui, toujours accueilli par le patron d’un affectueux « Et un p’tit blanc pour le p’tit gris ! ».