Critique de Velvet Goldmine

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Velvet Goldmine

De Todd Haynes

Avec Christian Bale, Jonathan Rhys-Meyer, Ewan Mc Gregor et Toni Collette

Grande Bretagne – 1998 – 2h00

Rating: ★★★★★

Dans la multitude de films traitant du rock n’ roll, Velvet Goldmine de Todd Haynes est un véritable ovni. En effet, là où beaucoup de réalisateurs se contentent du biopic sur les légendes vivantes ou disparues qui ont constitué le panthéon fabuleux du rock et de la reconstitution d’une époque marquante dans l’histoire de la musique, Todd Haynes nous livre bien plus que ça, allant jusqu’à faire de son film une véritable critique du Glam Rock, de sa splendeur et de sa chute.

Le pitch est assez simple: Arthur, interprété par Christian Bale, un jeune journaliste anglais vivant à New York doit faire un article sur une rock star compatriote, Brian Slade, assassiné sur scène dix ans auparavant en costume de son alter ego de scène Maxwell Demon. Pour cela, à la manière de Citizen Kane d’Orson Welles,  il va rencontrer et questionner les personnes qui ont côtoyé Slade, de ses débuts difficiles dans des bars où il n’émouvait pas grand monde, à l’hystérie et aux émeutes qu’il provoquait en plein âge d’or et au silence laissé par sa disparition. Mais son enquête va le mener vers une vérité qu’il ne pouvait soupçonner et lui permettre également de retrouver son idole, son amour passé, Curt Wild, joué par un Ewan Mc Gregor surprenant de crédibilité, acolyte et amant de Slade à son apogée.

Tout amateur de Rock aura reconnu David Bowie (Velvet Goldmine est d’ailleurs le titre d’une de ses chansons) derrière le personnage de Brian Slade, auquel Jonathan Rhys Meyer prête ses traits androgyniques, et c’est là toute la force du film. Haynes ne se contente pas de nous retracer fictivement les années de galère puis de gloire de l’homme aux multiples personnalités scéniques. Il nous dresse sa vision, bien que fictionnelle, de fan de Ziggy Stardust déçu par le virage opté par la rock star avec les années « Let’s Dance », le film faisant le parallèle entre Brian Slade, bisexuel et junkie et le personnage de Tommy Stone, pur produit des années fric, hétéro et showman à portée planétaire.

La comparaison avec Citizen Kane prend alors tout son sens, Bowie pouvant largement s’apparenter à un magnat du Rock, tant il a fait des émules et créer une incontestable légende autour de lui, tout comme nous le montre les « News On The March » précédant la scène d’introduction du chef d’œuvre de Welles. De même, le personnage de Brian Slade s’enferme à mesure que sa notoriété grandit dans une forteresse de solitude engendrée par son ego démesuré.

Faisant se succéder les séquences grisâtres et sombres du New York bétonné de 1984 et les séquences colorés de paillettes et de velours du Londres Glam des années 70, le réalisateur nous démontre combien la désillusion des espoirs fous d’une jeunesse libérée par la Révolution Sexuelle a pu être violente. Avec des chansons originales plus glam que le Glam et des clips mêlant  imagerie pop et classe de dandy, le film nous plonge dans cette fascinante époque, s’inspirant de l’esthétique et de la mode, fantasmant cette liberté incroyable ressentie au moment T où la société évolue vers un modèle meilleur. L’ambiguïté sexuelle devient alors une norme pour tout fan. Le port du satin et du rimmel, un signe de reconnaissance.

Chaque personnage de Velvet Goldmine s’inspire de grands musiciens de l’époque : Curt Wild est Iggy Pop,  Jack Fairy « le précurseur » représente Brian Ferry et Brian Eno, Les Flamings Creatures illustrent T.Rex et les New York Dolls. En détournant les figures mythiques du Glam, le réalisateur instaure peu à peu ses griefs : Ziggy Stardust a révolutionné et posé les bases du Glam Rock, et ce grâce à ces musiciens que l’Histoire place souvent en second plan du grand Bowie, et ce malgré le fait qu’ils constituent des influences majeures dans son évolution, mais le Thin White Duke a vendu son âme à l’industrie et à MTV. Les détracteurs de Bowie lui reprochent souvent son vampirisme, sa capacité à prendre ce qu’il y a de mieux chez ses inspirateurs. Haynes semble partager cet avis, bien que le film le nuance tout de même, en présentant Brian Slade, non pas comme plagiaire, mais comme un artiste à part entière, un peu paumé, dépassé par le succès, sombrant dans la drogue et les excès qui le conduiront à devenir une diva égocentrique. Haynes le sait, bien qu’il s’inspire souvent de groupes plus confidentiels, Bowie a le génie de faire de véritables succès, là où les originaux ne parviennent pas à sortir du circuit underground. N’oublions pas que si l’Histoire du Rock a érigé au rang d’icônes Lou Reed ou Iggy Pop, c’est en grande partie parce que Bowie a tendu la main au sommet de sa gloire et produit des albums devenus cultes comme Transformer pour l’un ou The Idiot et Lust For Life pour l’autre.

Plus que la vision d’un fan déçu, c’est avec le regard implacable du critique rock que Todd Haynes nous immerge dans cette période innovante du début des années 70, portée par les illusions d’une génération, donnant naissance au Glam mais également dans celle qui l’a précédée, les années 80, terne et triste période du matérialisme et de la réussite individuelle.

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About Lullaby Firefly

Créature assemblée par les mains expertes d’un obscur savant fou d’origine bavaroise à l’accent tranchant comme un scalpel, Lullaby Firefly profite chaque année de la nuit d’Halloween pour s’illustrer dans quelques macabres méfaits, comme le vol de sucettes et le racket d’oursons en gélatine. Oubliant souvent sa tête dans le frigo, rempli de restes de villageois qu’elle affectionne particulièrement, elle se rend régulièrement dans la clinique du Docteur Satan pour un petit rafistolage express, secret de son éternelle jeunesse.